Partager l'article ! Parlons Banlieues !: Je voudrais partager avec vous un petit billet très intéressant publié par nos amis LGM 92 sur leur blog (billet de l'exc ...
Je voudrais partager avec vous un petit billet très intéressant publié par nos amis LGM 92 sur leur blog (billet de l'excellent Sébastien Menu). Retrouvez cet article et d'autres encore sur leur blog.
Pourquoi aucune formation politique digne de ce nom n'est-elle en mesure de proposer un programme sérieux pour la politique de la
ville, comme l'indiquait récemment dans les colonnes du Point, le directeur du Bondy Blog, Nordine Nabili ? Plusieurs explications peuvent être avancées :
1. La dérive clientéliste de la politique rend l'appréhension de la politique de la ville compliquée. S'il prend ce seul critère, celui de la satisfaction des attentes d'une clientèle, l'élu aura tout intérêt à se détourner de la politique de la ville. Les gens directement concernés votent peu ou « mal » (Front national). Leur conscience civique est peu expansive. Ils portent un regard désabusé sur la politique, forment le gros des bataillons de ceux qui n'y croient plus.
2. L'intervention labellisée « politique de la ville » est difficile à quantifier dans les bilans de fin de mandat, en dehors des communes qui comptent de nombreuses cités difficiles. Il s'agit d'une action de longue haleine, travaillant sur une évidence piétinée et à remettre en perspective : la présence de pauvres et d'immigrés sur une aire géographie forclose n'est pas systématiquement synonyme de violences et d'insécurité.
3. Le discours incantatoire, dont il ne faut pas négliger la portée, arrive à épuisement sémantique. L'effort à produire pour maintenir la cohésion sociale est dantesque et les finances publiques sont à sec. Le discours le plus tonique prêterait ainsi le flanc à l'effet boomerang : une perspective d'amélioration que les faits contesteraient en permanence, faut d'un temps long (Vaux en Velin a mis des années à se remettre des violences urbaines du début des années 80).
4. Le corpus idéologique, l'inventivité organiquement liée à cette action publique souffrent aussi d'une crise de signification. Placés sans cesse en situation de déplorer l'immobilisme de l'Etat, les acteurs de la politique de la ville s'enferrent dans la déploration permanente et ne mettent pas suffisamment en avant les réussites de leurs actions. Ce qui donne le sentiment durable d'un surplace, d'une impuissance insurmontable.
5. L'individualisme rampant de nos sociétés limite les actions citoyennes, symboliques, d'appropriation des espaces publics. L'impression globale est à la résignation.
6. La gauche, inventeur de la politique de la ville, n'occupe plus ce champ théorique : les bonnes idées existent pourtant, courageuses mais porteuses de consensus (le nanti a compris que sa tranquillité se jouait aussi dans une meilleure prise en charge des pauvretés), comme le lancement d'un programme de construction de logements très sociaux, volontariste, ou encore la mise en place d'un fonds de péréquation entre villes riches et pauvres beaucoup plus ambitieux que celui qui fait figure de bonne conscience aujourd'hui. Les égoïsmes locaux, la tentation du repliement sur son cadre de vie ou le clocher de son église, sont aussi responsables de l'absence de la priorisation nationale sur ce sujet. A force de défendre ses arpents territoriaux, la France institutionnelle conforte le statut-quo des inégalités.
7. Enfin, des murs invisibles se sont élevés entre la France de Jean-Pierre Pernaut et celle des cités difficiles. Les huit millions de personnes vivant dans les ZUS appartiendraient à des zones tribalisées par l'inconscient collectif, des endroits à éviter et que l'illusion collective croit évitables. Les ZUS incarnent une partie nécrosée du corps social, d'autant plus morte que l'on peut s'en éloigner.
Ces constats établis rendent le projet social du rêve français tout simplement impossible. La misère intellectuelle des journalistes qui se penchent sur le sujet à coups de raccourcis unilatéraux achèvent le travail.
Parlera-t-on des banlieues pendant l'élection présidentielle ?
Aura-t-on le courage de corriger les déséquilibres sociaux qui gangrènent la société française ? Non...
Et le discours sur le retour du droit commun dans les banlieues est un hochet de plus pour amuser les gogos. L'état du logement social relève-t-il du droit commun ?
Et la prévention de la délinquance, est-ce un simple processus d'exception, n'est-elle pas indispensable, adossée à la répression, pour adoucir la brutalité croissante de notre société ?
Il faut inviter les formations politiques à regarder la politique de la ville droit dans les yeux.
Sinon, tôt ou tard, cette stratégie d'évitement débouchera sur de nouvelles émeutes aux conséquences incertaines.
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